Le temps

La notion de temps durant ce confinement peut être source de frustrations. Comme tout le monde, au tout début, j'ai pensé : je vais enfin avoir le temps de faire ça...ça...et ça et ça et ça...
En fin de première semaine, je me suis aperçue que cette liste était plus anxiogène pour moi que motivante. Durant la semaine 2, je me suis laissée porter par l'emploi du temps de mon conjoint et celui de mon garçon. Non, ce n'était pas bon non plus pour moi ! Semaine 3, j'ai donc revu mes objectifs et j'en ai posé deux par jour, pour moi, rien que pour moi. Eh oui, parce qu'entre le télétravail, le collège à la maison et le rangement de la maison ...je me suis vite perdue.


En relisant le livre de Thomas d'Ansembourg "Cessez d'être gentil, soyez vrai !", livre qui nous emmène avec joie vers la communication non violente (CNV) et que je vous conseille. L'auteur fait référence à un extrait du Petit Prince, qui a résonné de façon juste pour moi, en cette période :

"Le Petit Prince se promène de planète en planète. A un moment, il rencontre un marchand qui a trouvé une pilule qui permet de ne plus jamais avoir soif. Et le marchand est tout fier, il vante sa pilule qui permet de ne plus jamais avoir soif. Et le marchand est tout fier, il vante sa pilule en disant : "Grâce à cela, il ne faut plus aller au puits ou tirer de l'eau à la fontaine, et j'ai calculé que cela permet d'économiser jusqu'à cinquante-trois minutes par semaine !". Entendant cela, le Petit Prince est consterné et répond : "Moi, si j'avais cinquante-trois minutes, je marcherais tout doucement vers une fontaine." Autrement dit, je prendrais mon temps le temps d'aller tout doucement vers ce qui va m'abreuver, me revitaliser. Je me réjouirai de la fraîcheur de l'eau avant même d'y avoir trempé les mains. Je prendrai le temps d'être là où la vie me nourrit, me désaltère vraiment."

Oui, je devais prendre le temps d'aller vers ce qui me nourrit, me revitalise !
J'ai décidé de me garder une parenthèse de temps libre (de 53 minutes!)  sans écran, rien que pour moi. Je garde le temps d'activité à l'extérieur d'1h avec mon fils (promenade du chien pour nous) car il a besoin de bouger et j'en profite avec lui. Je réussis à me bloquer ce temps en deux fois dans la journée (une partie le matin en me levant avant mon garçon et une partie pendant son temps de jeux vidéo).  Je m'y tiens ...qu'est-ce que cela fait du bien ! Ai-je enfin trouvé mon rythme de croisière ?

Quelles réactions face aux émotions de chacun ?

On nous prépare à une longue période de confinement ; cette obligation peut provoquer des émotions désagréables, différentes pour chacun. Que ce soit de la colère, de la peur, de la tristesse... peu importe, l'émotion vécue est légitime !

Voici une règle d'or en communication bienveillante : lorsqu'une personne vit une émotion intense, elle a besoin d'avoir face à elle une personne qui comprend son émotion.

 Alors au lieu de nier le ressenti "Mais non, tu vas y arriver...", de donner des conseils "tu ferais mieux de te mettre à travailler maintenant...", vous allez jouer le rôle d'un miroir. Ce miroir qui vous renvoie votre image, sans jugement. Vous allez refléter l'émotion, les faits, le problème que vit votre enfant : "Cela a l'air compliqué pour toi tout ce travail en autonomie" ou "tu sembles avoir peur de ne pas arriver à tout faire".

Dans cette démarche d'accueil de l'émotion de l'autre, prenez avant tout soin de vous ! Est-ce le bon moment pour moi de l'accompagner dans son émotion ? Suis-je en mesure de le soutenir ? Si l'enfant vit un trop plein de sensations négatives, la dernière chose dont il a besoin, c'est que moi, adulte, je débarque avec mes propres émotions et que j'en rajoute une couche !

Je pense donc à prendre un temps de "lecture" de mes propres sensations et je fais mon exercice de respiration préféré avant d'intervenir, afin que mon rythme cardiaque redescende vers le            « vert ».

Ensuite, lorsque vous sentez que l'émotion de votre enfant ou ado s’atténue et que le retour au calme s'amorce, vous pouvez lui proposer un temps de connexion (câlins, massages...), SILENCIEUX. Tous les enfants ne les acceptent pas, restez donc à leur écoute. C'est vous qui le connaissez le mieux !

 Pour la suite, je souhaite vous donner une information que les neurosciences nous apportent : s'il y a eu une grosse grosse tempête avec des mots difficiles à entendre, des portes qui claquent... le temps de reconnexion à soi, c'est à dire le temps de retour au contrôle de soi, peut être de 12 à 24h pour des ados et adultes ! Pour les plus jeunes, cela peut prendre, selon chacun, de 2h à 5h.

Pourquoi je vous donne cette information ? Après ce genre de tempête, il est bon de reprendre contact avec "l'autre". Je m'assure donc que c'est le bon moment et je reviens sur ce qui s'est passé. Ce sera un court retour, alors préparez votre pitch avant !

"Je souhaite que l'on parle de ce qui s'est passé..." "De quoi aurais-tu besoin ?" "Qu'est-ce qui pourrait t'aider ?"

C’est à ce moment-là seulement, et si votre enfant le demande, que vous pouvez apporter vos conseils, votre expérience. S'il y a eu un gros dérapage, voici une citation d’Haïm Ginott pour vous guider : "toutes les émotions sont légitimes, les comportements ne sont pas tous acceptables ». Ce sera aussi le moment de chercher avec lui comment exprimer convenablement (selon ses -et vos- valeurs) ses émotions.

"Je ne peux accepter ton comportement d'hier..."

Apprenez alors à vos enfants à exprimer leurs émotions de la façon qui vous convient.

N'oubliez pas que nous sommes les meilleurs exemples pour nos enfants alors commençons par améliorer nos propres façons de faire s'il y a besoin.

N'oubliez pas non plus que nos enfants apprennent aussi de nos « dérapages » (je ne parle pas ici de violences verbales ou physiques qui sont interdites par la loi !). Mon fils apprend lorsque je sens que je suis allée trop loin dans mes remarques et que je reviens vers lui ensuite pour m'excuser. Il comprend que c'est possible de ne pas avoir la réaction la plus parfaite, du moment qu'il ne s'en prend pas à la personne mais bien à son comportement.

Je me connecte à mon enfant...

Cette  parenthèse, cœur à cœur durera le temps que vous pouvez, tant qu'elle reste authentique et sincère (base de 5 minutes). Faites-le avec CHACUN de vos enfants :

 

Cette pause n'est pas déjà prévue dans votre journée. Ainsi, le temps des devoirs ne compte pas, pas plus que l’histoire que vous racontez tous les soirs. Ces 5 minutes doivent s’ajouter à ce que vous faites déjà.

Sur ce temps, mettez votre casquette éducative de côté, c'est à dire sans consigne ni reproche. Si vous devez intervenir, faites-le avec le sourire, de façon bienveillante, par exemple : « J'ai peur de la suite...tu risques de te blesser ». En ignorant les petits comportements indésirables, vous gardez le lien cœur à cœur du moment. Vous connaissez votre enfant mieux que personne, alors s'il est plutôt ronchon pendant ce temps, c'est que ce n'est pas le moment pour lui. Mettez fin à ce temps sans dire un mot, et revenez plus tard.

Ne tentez pas de diriger l’activité. Soyez authentique et suivez ce que votre enfant désire. Observez ce qu’il fait ou demandez-lui ce qu’il voudrait que vous fassiez. « Tu construis une maison en brique de bois ? C’est très réussi ! Est-ce je peux t’aider? ». 

Pendant ces 5 minutes, focalisez votre attention à remarquer ce que vous aimez de votre enfant, ce qui vous rend fier de lui. Intéressez-vous à ce qui retient son attention, écoutez et accueillez ce qu’il vous raconte sans jugement, soyez sincère et ouvert.

Terminez cette période par un compliment descriptif (je ferai un article sur ce thème prochainement) ou une marque d’affection.

Recommencez chaque jour ! Tenez un journal de ces moments. Qu’avez-vous fait ? Qu’avez-vous remarqué ? Comment vous êtes-vous senti ?

Covid19 : fortes émotions en perspective !

Nous vivons une période spéciale, avec des situations inédites, qui nous posent questions sur les plans familial, personnel, professionnel. Une grosse charge mentale est belle et bien présente !
On se dit que c'est le moment de profiter de notre famille et de faire les choses que nous repoussions par manque de temps ! Sauf que... entre ce que nous imaginons et ce qu'il se passe dans la réalité, il y a quelques fois... une grosse rivière. Comment passer d'une rive à l'autre sans trop de dégâts ?


Certains éléments sont à prendre en compte :

- En tant qu'adulte, je vis moi-même de gros bouleversements d'organisation, qui peuvent provoquer de fortes émotions. Or, j'ai la maturité pour vivre au mieux ces tsunamis. Dès que je sens qu'une émotion prend possession de mon corps (imaginons un pont pour passer la rivière) : je prends un temps pour m'isoler et je fixe toute mon attention sur ma respiration. Je "scanne" mon corps et je mets des mots sur les sensations corporelles provoquées par l'émotion désagréable que je suis en train de vivre. Enfin, je prends trois grandes respirations. Une fois mon corps apaisé, j'analyse ce qu'il s'est passé (quoi ? qui ? comment ? de quoi ai-je besoin ?).


- Côté enfants, gardons en tête que les enfants de moins de 7 ans (environ) ont besoin d'être accompagnés dans leurs émotions car ils ne sont pas encore en capacité de le faire par eux-mêmes. Le siège des émotions atteindra sa maturité complète vers 18 ans et notre néocortex vers 25/26 ans... Avec ces données, nous pouvons comprendre que nos enfants ne "gèrent" pas encore...

- Moi, adulte, je suis capable de soutenir mon enfant qui traverse une colère par exemple, uniquement si je ne la vis pas moi-même. Dès que je sens que la colère monte, je mets en place mon petit rituel d'urgence (le pont sur la rivière). Si je peux passer le relais à mon conjoint, en télétravail peut-être, confinement oblige, je le fais ! Si je suis seul(e), il serait intéressant de se construire un petit rituel ("quel pont pour la famille ?") à répéter sur un temps où tout va bien. Ainsi, en cas de colère, en se créant une habitude au préalable, les bons réflexes se mettent en place sans avoir besoin d'y penser, dès l'arrivée de la tempête.

Il est possible que nos enfants traversent une période chaotique à cause de cette inquiétude ambiante : ils vont certainement faire face à de grosses émotions et c'est normal et utile ! Ce sera leur façon de se décharger. Préparons-nous à accueillir leurs émotions, leurs sensations ! Prévoir chaque jour un temps de défoulement : je me trouve une petite vidéo de mouvements en musique ou je passe ma chanson préférée à fonds (gymnastique, danse, step, je monte et descends les escaliers, dessin, chant, ...) et je me lâche ! Pour les moments les plus difficiles, j'appelle une amie, je m'autorise à pleurer... tout ce qui me semble bon pour moi.

Que ce soit pour nous, adultes, ou pour nos enfants, le mot d'ordre est de ne pas garder ces émotions désagréables en nous... où elles ressortiront à un moment où un autre, encore plus fortes !


Bon courage !



Ainée - Cadet

Il est difficile de dire que mon frère est mon frère, si on ne nous connaît pas...le plus drôle aujourd'hui est que je reconnais dans certaines attitudes de mon garçon, des attitudes de mon frère (de 6 ans mon cadet). Est-ce de simples interprétations de ma mémoire ?

Avec notre différence d'âge, nous n'avons pas reçu la même éducation. C'est normal, nos parents ont évolué entre les deux ! Il est vrai que je me suis longtemps attachée à être conforme à ce qu'attendait de moi la famille. Je me suis perdue à plusieurs reprises car je ne cherchais pas ma propre vision du monde, je cherchais à être comme Maman, Mamie, Tata... Mon frère avait cette liberté, dès très jeune, d'être lui-même. Quelque part, je l'enviais pour cela. Il a ressenti le besoin de prendre ses distances avec la famille pour trouver son propre chemin. A-t-il mieux réussi pour autant à être lui-même ? Je ne suis pas certaine car il a pu se perdre aussi, quelques fois. Et tant mieux car nous apprenons tellement de ce que nous n'avons pas encore réussi. En comparant nos deux routes, je suis capable aujourd'hui de dire que l'éducation reçue n'est certainement pas à l'origine de toutes nos difficultés. Nous sommes responsables de nos choix au quotidien (où je vis, avec qui ?), le tout est d'avancer en tenant compte de qui nous sommes.
(En tous les cas, tu me manques, p'tit frère !)

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